Sujet très intéressant mais sujet à tiroirs, soumis à de nombreux points de vue et à la sensibilité autant des musiciens que des mélomanes audiophiles. On en revient à la notion de bipolarité des systèmes entre le « beau » et le « vrai ».
Nous écoutons beaucoup de piano à la maison. Ma femme adore ça et on a des paquets de coffrets de cd. Personnellement j’ai une nette préférence pour les pianistes femmes, et même si certains mâles font aussi du bon travail, je trouve que les jeux de Hélène Grimaud, ou bien Béatrice Rana, ou Shani Diluka, entre autres, ont quelque chose de plus mélodieux, plus esthétique, plus charmant, et elles m’ont fait aimer des musiques que je n’appréciais guère auparavant. Les mâles ont souvent un jeu plus rigide, mécanique, abusant des capacités dynamiques de l’instrument. Même si un Stephen Kovacevich sur les sonates de Beethoven avec son approche un soupçon jazzy me plaît aussi beaucoup. Je ne crache pas non plus sur Ascari Volodos et Ivo Pogorelich. Il y a des chances que je me fasse allumer par de distingués musicologues pour en citer si peu, mais comme ils sont rarement d’accord entre eux, on pourra en sourire. Je ne nie pas qu’il y a eu pleins de génies du piano qui ont laissé des enregistrements légendaires. Mais bon, on est dans l’intuition sinon l’intention.
Cette petite introduction voudrait préciser ce que j’entends par « intention musicale », et bien sûr cela peut s’appliquer à tout autre style musical. Chacun d’entre nous aura ses préférences musicales et sa façon de percevoir les « intentions » qu’elle porte. Cela ne simplifie pas les discussions sur le sujet qui pêche pas mal sur les définitions.
Qui est capable en dix lignes de définir ce qu’il veut obtenir d’un système audio et ce qu’il ne veut surtout pas en tant que défaut rédhibitoire ?
La perception de « l’intention musicale » à travers la reproduction fournie par un système audio est l’autre côté du miroir. Nicoben la présente comme la possibilité de bien la ressentir sans disposer d’un système ultra performant en dynamique, définition, transparence. Ses multiples essais de matériels dans une salle acoustiquement traitée lui donnent une position privilégiée pour évoquer la question. Le nombre d’éléments commercialisés en hi-fi permettent des millions de combinaisons donnant tous les résultats imaginables. Inutile de revenir sur le fait que des ensembles « sonnent » « juste », d’autres « vrai », d’autres « beau », et d’autres rien de tout cela. Et qu’il suffit de pas grand chose pour qu’un système passe de « moyen » à « magique » ou inversement.
Pour un frénétique du DIY comme moi, chaque élément d’un système se décompose en centaines de composants dont chacun a une influence, ce qui multiplie le nombre de combinaisons d’un facteur énorme, comme le risque de se tromper.
Mais cela a l’avantage d’aider à comprendre ce qui fait quoi dans un résultat audio et plus particulièrement dans la perception de l’intention musicale de l’enregistrement. L’enceinte acoustique étant le maillon le plus faible d’un système avec la salle d’écoute, les trois n’étant qu’un seul et même objet acoustique, on sait tous qu’il faut partir de là dans notre quête du graal.
La « Haute Fidélité » devrait normalement permettre de restituer parfaitement toutes les nuances sonores qui transmettent « l’intention musicale ». On se demande pourquoi il y a tant de différences perçues selon les systèmes et pourquoi la qualité de cette perception n’est pas proportionnelle à la taille et au prix des enceintes. Il suffit de comparer sur graphes le signal électrique qui rentre dans une enceinte et l’onde acoustique qui en sort pour comprendre que ce n’est pas étonnant qu’il y ait des différences, et si on regarde l’onde au point d’écoute, avec son paquet de réverbérations supplémentaires, on se demande comment on peut reconnaître un instrument.
Pour s’en sortir, il y a la méthode de Nicoben : on essaie plein de trucs dans de bonnes conditions avec l’expérience pour en juger. Ou bien on fait sa tambouille soi même, la sciure dans le nez et les mains dans la colle. L’avantage est d’être bien moins limité en taille, en poids, en budget, en réglages et en fantaisie. La fantaisie, c’est de pouvoir régler son enceinte selon son goût auditif, et non pour obtenir forcément une courbe de réponse SPL pondérée à plus ou moins 2 décibels près.
Ce n'est pas la dernière, mais la mesure de mes pavillons donne ceci :
10 db de moins dans le haut du spectre que dans le bas médium, On peut penser que la reproduction est très mate. Ce n’est pas le cas. Je ne sais pas pourquoi, mais plus un système est défini, dynamique et transparent, plus il faut une courbe descendante pour trouver un équilibre des timbres. Ça, les fabricants professionnels ne peuvent pas vraiment se le permettre. Je pense que l’on fabrique plus facilement des tweeters, comme les compressions ou les AMT, qui s’approchent mieux de la dynamique enregistrée que les médiums et encore plus les graves. Si on veut que ces derniers arrivent à suivre le haut du spectre en dynamique macro et micro - elles marchent ensemble - il faut mettre le paquet, trouver des hp exceptionnels et les monter optimalement. Sinon, pour s'en sortir, on bride le haut avec des tweeters à dôme. Voir une description du système de Jean Hiraga pour se faire une idée de la question.
https://forum-hifi.fr/thread-9266-post-8...#pid860102
C’est comme cela que l’on arrive à extraire d’un enregistrement toutes les nuances les plus subtiles re-matérialisant et respectant au mieux « l’intention musicale ». Mais c’est compliqué, volumineux, difficile à régler et déjà à trouver des composants rares.
Et puis comme l’exprime bien Nicoben, la musicalité et le plaisir d’écoute offert par un système n’a pas forcément besoin d’une démarche jusqu’au boutiste. La dynamique réelle d’un piano à queue, d’un orchestre, d’un cuivre, d’une batterie ne peuvent pas passer dans une salle de 20 à 30 mètres carrés. Il y a forcément un compromis avec un coefficient de réduction de la dynamique pour que cela soit écoutable. Après on ne sera pas d’accord sur la valeur de ce coefficient de réduction, selon les musiques, les envies d’être impressionné, etc…. Une viole de gambe, un quatuor à cordes, une guitare sèche, voire un piano forte, on a plutôt envie d’avoir la totale dynamique pour bien en profiter. Ce n’est pas la même chose avec un grand orchestre, une soprano, une trompette, un Borsendorfer Impérial, qui passent dans une salle de concert, mais plus dans votre salon même à niveau sonore raisonnable.
Et puis la méthode de prise de son va aussi complètement changer le résultat final chez soi. Un couple de micro type ortf placé à 6 mètres des musiciens ne va pas donner du tout la même « intention musicale » qu’une palanquée de micros dispersés dans l’orchestre. Je reste toujours impressionné par les enregistrements de André Charlin avec sa tête artificielle qui datent de près de 70 ans et dont très peu d’enregistrements modernes atteignent la qualité question naturel, mais aussi dynamique et résolution, surtout pour les derniers produits.
On est toujours en hifi devant le problème des multiples facteurs qui nous font réagir positivement ou négativement à l’écoute d’une musique. Pour moi, à partir du moment où les timbres sont justes, condition « inconditionnelle » de départ, la bonne perception des micro-informations, de la micro-dynamique est fondamentale pour ressentir toutes les nuances qui font le « ressenti » de « l’intention musicale ». Ce qui suppose une grande résolution et une grande transparence du système, c’est-à-dire des hps très performants et bien mis en oeuvre. C’est ce que j’ai essayé de faire avec les J24 et les pavillons qui donnent l’impression d’aller jusqu’au fond du message musical, tout du moins après des années de démarche d’optimisation pour aboutir à la fusion du « très vrai » et du « très beau ».
Mais pour rejoindre des propos qui précèdent, notamment sur les enceintes Living Voice que j’ai eu l’occasion d’apprécier même dans les conditions précaires d’un salon hifi, je reconnais qu’il y a des réussites en musicalité, agrément d’écoute, perception des « intentions », avec des matériels qui présentent des compromis techniques évidents. Manifestement, il y a des concepteurs-metteurs au point- producteurs d’enceintes acoustiques qui ont une compétence technique et des oreilles très affutées.
À mon modeste niveau amateur, parmi mes essais récents et toujours actifs, les J25 et J26, qui sont dès leurs conceptions des compromis sur le prix et le volume, et n’atteignent pas le même niveau de « vérité sonore » que les J24, au moins sur une partie des instruments, sont quand même très addictives dans leur interprétation du message musical. Les appréciations laissées sur leurs fils du forum expriment le fait que l’on peut obtenir des résultats sympa avec des mises en oeuvre financièrement raisonnables.