05-10-2026, 08:26 PM
(Modification du message : 05-11-2026, 10:17 AM par ThierryNK.
Raison de la modification: Typos
)
Bonjour
J'ai indiqué sur le fil de mon installation, que j'essaierai d'ouvrir un fil sur Schubert. Tache très ardue. Le post va être (très) long.
Quelques mots d'introduction
Comme pianiste, Schubert m'a toujours terrorisé, j'avais écrit sur les Maboules "qu'il me perdait".
J'ai osé travailler assez récemment les impromptus 1 D899 et 2 D935 grâce à la rencontre d'une prof assez incroyable, concertiste et compositrice. J'ai pu jouer ces impromptus en public à l'audition des élèves de ma prof.
En parallèle, j'ai "lu". La magnifique biographie écrite par Alfred Einstein, mais sans doute réservée à des musiciens, et d'autres bios où l'on n'en apprend pas beaucoup plus que sur Wikipedia.
J'ai aussi lu:
![[Image: IMG-5906.jpg]](https://i.ibb.co/sp6nWBwB/IMG-5906.jpg)
Ce livre m'a énormément appris, et j'ai eu l'impression d'être un total ignare en terme de littérature et d'histoire.
Ian Bostrige est un chanteur dont la formation est...la philosophie et l'histoire... Il n'a pas de formation académique en musique, ce qui ne l'a pas empêché de chanter des centaines (si si) de fois les Lieder "Voyage d'hiver" dans les salles les plus prestigieuses.
Schubert méconnu et peu admiré
Schubert a bien sur eu quelques succès de son vivant, mais rien de comparable à Haydn, Mozart et Beethoven.
L'immense majorité de ses oeuvres (plus d'un millier) n'a été publiée et jouée qu'après sa mort.
C'est grâce notamment à Liszt, Mendelssohn, Brahms ou Schumann qu'il est sorti de l'ombre.
C'est grâce à des pianistes comme Brendel et des chanteurs comme Fischer-Dieskau qu'il est entré dans les foyers grâce au disque.
Le poids de Beethoven
Schubert à écrit: "que faire après Beethoven?".
Ils se connaissaient, Beethoven appréciait sa musique, ils se sont croisés chez un éditeur commun, mais Beethoven avait une personnalité de tueur, extraverti et très conscient de sa valeur, quand Schubert était introverti, rondouillard et myope comme une taupe.
Brahms quant à lui à mis... 22 ans (!!) à composer sa première symphonie à l'âge de 43 ans (!!). Il avait déclaré à un chef d'orchestre:
Je n'écrirai jamais de symphonie ! Tu n'as pas la moindre idée de ce que c'est que d'entendre constamment résonner les pas d'un tel géant derrière soi !
En terme musicologique, le style classique se réfère précisément aux "architectures" développées par Haydn (quatuors, symphonies, sonates, concertos), portées à leur sommet par Mozart, et progressivement explosées par Beethoven (écoutez la grand fugue pour quatuor).
La structure classique en est le fil conducteur, quasi mathématique, rigoureux, ce qui n'empêche nullement toute sorte de sentiments et d'innovations.
Schubert n'aimait pas les structures, cela me semble un point clé, bien qu’il existe une solide structure dans la majorité de ses œuvres, mais ce n’est pas son fil conducteur.
Brendel a dit que si Beethoven compose comme un architecte, Schubert compose comme un somnambule (expression d'un ami de Schubert).
Le "romantisme"
Il n'est pas aisé de définir le romantisme. Je le définis souvent comme l'arrivée de la philosophie, de l'imaginaire, de la littérature, de la poésie, des émotions , comme moteur de la création artistique.
Schubert est souvent considéré comme le premier "Romantique Classique" quand Beethoven était le premier "Classique Romantique".
La poésie
Schubert était dingue de poésie. Mais en fait, c'est tous les artistes de toute discipline qui étaient dingues de poésie à cette époque. A la fois par la naissance du romantisme, par la chape de plomb de la censure (Metternick), les guerres Napoléoniennes.
Et puis Goethe…
L’opéra
Un moyen de se faire connaître par le plus grand nombre. Mais entre censure, choix de livrets abscons, langue allemande dont beaucoup pensent qu’elle est inadaptée à l’opéra (cf le film Amadeus), ignorance de la dramaturgie théâtrale, concurrence de Rossini (détesté par Beethoven) Schubert s’y est planté à plusieurs reprises.
Les lieder
Chanteur/chanteuse avec piano.
Il en a composé plus de 700...
Dingue de poésie, Schubert a révolutionné la forme des lieder. Le piano n’est plus un simple accompagnement, il raconte aussi l’histoire, ou la contredit ou la complète. On n’a plus forcément le même accompagnement pour toutes les strophes ou l'enrichit. Il crée des "images" en musique...
Schubert pond 2 chefs d’œuvre éternels à 18 ans.
Deux poèmes de Goethe, chargés de sexualité, de désir, de pédophilie, d'inceste et de mort.
Marguerite au rouet, tirée de Faust, pétrie de désir après avoir été abandonnée, aspirant à de nouveaux baisers, le mouvement du rouet étant sans équivoque.
Le Roi des Aulnes, avec 4 personnages sous une seule voix., un récitant, un père à cheval avec son fils dans les bras, et le roi des aulnes.
Le Roi des Aulnes...
Je n'ai pas trouvé de version YouTube de Marguerite au rouet avec la traduction en français.
Voici la traduction
Mon repos m’a quittée
Mon cœur est lourd.
Je ne le retrouverai jamais
Jamais plus.
Où je ne l’ai pas
C’est pour moi une tombe,
Le monde entier
Me saisit de dégoût.
Ma pauvre tête
Perd la raison,
Mon pauvre esprit
Est déchiré.
Pour lui seulement je regarde
Par la fenêtre,
Pour lui seulement je sors
De la maison.
Sa démarche fière,
Sa noble silhouette,
Son sourire aux lèvres,
La force de son regard.
Le flux enchanté
De ses paroles,
L’étreinte de ses mains,
Et son baiser!
Mon repos m’a quittée
Mon coeur est lourd.
Je ne le retrouverai jamais
Jamais plus.
Mon corps
A soif de lui.
Ah, que ne puis-je le saisir
Et le tenir,
Et l’embrasser
Tout mon saoul?
Sous ses baisers
Que ne puis-je mourir !
Je vous laisse découvrir les cycles de Lieder "La belle meunière" et "Voyage d'hiver".
Je vais arrêter là ce post. Suivant l'intérêt qu'il suscite, je le complèterai avec la musique pour piano (si chère à mon coeur), la musique de chambre et la musique symphonique.
J'ai indiqué sur le fil de mon installation, que j'essaierai d'ouvrir un fil sur Schubert. Tache très ardue. Le post va être (très) long.
Quelques mots d'introduction
Comme pianiste, Schubert m'a toujours terrorisé, j'avais écrit sur les Maboules "qu'il me perdait".
J'ai osé travailler assez récemment les impromptus 1 D899 et 2 D935 grâce à la rencontre d'une prof assez incroyable, concertiste et compositrice. J'ai pu jouer ces impromptus en public à l'audition des élèves de ma prof.
En parallèle, j'ai "lu". La magnifique biographie écrite par Alfred Einstein, mais sans doute réservée à des musiciens, et d'autres bios où l'on n'en apprend pas beaucoup plus que sur Wikipedia.
J'ai aussi lu:
![[Image: IMG-5906.jpg]](https://i.ibb.co/sp6nWBwB/IMG-5906.jpg)
Ce livre m'a énormément appris, et j'ai eu l'impression d'être un total ignare en terme de littérature et d'histoire.
Ian Bostrige est un chanteur dont la formation est...la philosophie et l'histoire... Il n'a pas de formation académique en musique, ce qui ne l'a pas empêché de chanter des centaines (si si) de fois les Lieder "Voyage d'hiver" dans les salles les plus prestigieuses.
Schubert méconnu et peu admiré
Schubert a bien sur eu quelques succès de son vivant, mais rien de comparable à Haydn, Mozart et Beethoven.
L'immense majorité de ses oeuvres (plus d'un millier) n'a été publiée et jouée qu'après sa mort.
C'est grâce notamment à Liszt, Mendelssohn, Brahms ou Schumann qu'il est sorti de l'ombre.
C'est grâce à des pianistes comme Brendel et des chanteurs comme Fischer-Dieskau qu'il est entré dans les foyers grâce au disque.
Le poids de Beethoven
Schubert à écrit: "que faire après Beethoven?".
Ils se connaissaient, Beethoven appréciait sa musique, ils se sont croisés chez un éditeur commun, mais Beethoven avait une personnalité de tueur, extraverti et très conscient de sa valeur, quand Schubert était introverti, rondouillard et myope comme une taupe.
Brahms quant à lui à mis... 22 ans (!!) à composer sa première symphonie à l'âge de 43 ans (!!). Il avait déclaré à un chef d'orchestre:
Je n'écrirai jamais de symphonie ! Tu n'as pas la moindre idée de ce que c'est que d'entendre constamment résonner les pas d'un tel géant derrière soi !
En terme musicologique, le style classique se réfère précisément aux "architectures" développées par Haydn (quatuors, symphonies, sonates, concertos), portées à leur sommet par Mozart, et progressivement explosées par Beethoven (écoutez la grand fugue pour quatuor).
La structure classique en est le fil conducteur, quasi mathématique, rigoureux, ce qui n'empêche nullement toute sorte de sentiments et d'innovations.
Schubert n'aimait pas les structures, cela me semble un point clé, bien qu’il existe une solide structure dans la majorité de ses œuvres, mais ce n’est pas son fil conducteur.
Brendel a dit que si Beethoven compose comme un architecte, Schubert compose comme un somnambule (expression d'un ami de Schubert).
Le "romantisme"
Il n'est pas aisé de définir le romantisme. Je le définis souvent comme l'arrivée de la philosophie, de l'imaginaire, de la littérature, de la poésie, des émotions , comme moteur de la création artistique.
Schubert est souvent considéré comme le premier "Romantique Classique" quand Beethoven était le premier "Classique Romantique".
La poésie
Schubert était dingue de poésie. Mais en fait, c'est tous les artistes de toute discipline qui étaient dingues de poésie à cette époque. A la fois par la naissance du romantisme, par la chape de plomb de la censure (Metternick), les guerres Napoléoniennes.
Et puis Goethe…
L’opéra
Un moyen de se faire connaître par le plus grand nombre. Mais entre censure, choix de livrets abscons, langue allemande dont beaucoup pensent qu’elle est inadaptée à l’opéra (cf le film Amadeus), ignorance de la dramaturgie théâtrale, concurrence de Rossini (détesté par Beethoven) Schubert s’y est planté à plusieurs reprises.
Les lieder
Chanteur/chanteuse avec piano.
Il en a composé plus de 700...
Dingue de poésie, Schubert a révolutionné la forme des lieder. Le piano n’est plus un simple accompagnement, il raconte aussi l’histoire, ou la contredit ou la complète. On n’a plus forcément le même accompagnement pour toutes les strophes ou l'enrichit. Il crée des "images" en musique...
Schubert pond 2 chefs d’œuvre éternels à 18 ans.
Deux poèmes de Goethe, chargés de sexualité, de désir, de pédophilie, d'inceste et de mort.
Marguerite au rouet, tirée de Faust, pétrie de désir après avoir été abandonnée, aspirant à de nouveaux baisers, le mouvement du rouet étant sans équivoque.
Le Roi des Aulnes, avec 4 personnages sous une seule voix., un récitant, un père à cheval avec son fils dans les bras, et le roi des aulnes.
Le Roi des Aulnes...
Je n'ai pas trouvé de version YouTube de Marguerite au rouet avec la traduction en français.
Voici la traduction
Mon repos m’a quittée
Mon cœur est lourd.
Je ne le retrouverai jamais
Jamais plus.
Où je ne l’ai pas
C’est pour moi une tombe,
Le monde entier
Me saisit de dégoût.
Ma pauvre tête
Perd la raison,
Mon pauvre esprit
Est déchiré.
Pour lui seulement je regarde
Par la fenêtre,
Pour lui seulement je sors
De la maison.
Sa démarche fière,
Sa noble silhouette,
Son sourire aux lèvres,
La force de son regard.
Le flux enchanté
De ses paroles,
L’étreinte de ses mains,
Et son baiser!
Mon repos m’a quittée
Mon coeur est lourd.
Je ne le retrouverai jamais
Jamais plus.
Mon corps
A soif de lui.
Ah, que ne puis-je le saisir
Et le tenir,
Et l’embrasser
Tout mon saoul?
Sous ses baisers
Que ne puis-je mourir !
Je vous laisse découvrir les cycles de Lieder "La belle meunière" et "Voyage d'hiver".
Je vais arrêter là ce post. Suivant l'intérêt qu'il suscite, je le complèterai avec la musique pour piano (si chère à mon coeur), la musique de chambre et la musique symphonique.




![[Image: 3760127220435_600.jpg]](https://static.qobuz.com/images/covers/35/04/3760127220435_600.jpg)
Même si je ne suis absolument pas musicien, j’écoute relativement souvent des interprétations de la musique de Schubert que j’apprécie énormément. Je serai heureux d’en apprendre davantage.




![[Image: schube10.jpg]](https://i26.servimg.com/u/f26/15/30/73/93/schube10.jpg)