06-28-2026, 06:18 PM (Modification du message : 06-28-2026, 06:22 PM par Nard.)
Merci Thierry pour ces précisions "techniques" et tes liens vers ces deux superbes interprétations.
Il y a chez toi, dans ton introduction de cet andantino, une gravité et une profondeur méditative extrêmement justes, que ne possède pas celle d'Arcadi Volodos, beaucoup plus légère ou superficielle ? ce qui cadre avec ton analyse et confirme que c'est un biais que l'on rencontre assez fréquemment chez les grands, mais il se rattrape superbement dans les variations qui suivent, c'est ce que j'entends et ressens en tout cas
06-28-2026, 06:59 PM (Modification du message : 06-28-2026, 07:01 PM par ThierryNK.)
Je ne vais plus savoir où me mettre
Il y a une vraie différence d’approche « sonore » que j’ai vraiment « décidée »:
« Timbrer » le chant. Ce n’est parce qu’on joue piano (doux) qu’on doit ne pas « timbrer ».
Je tiens ça de mes profs d’antan.
Julie a amélioré ma « technique pianistique » sur ce point avec un conseil:
Joue comme si tu voulais enfoncer les notes jusqu’au bas du clavier, pas de percussion, pas de « doigts venant de haut ».
Cela se voit à la position basse de ma main droite à la première note.
Mais la main gauche doit aussi « chanter » avec une plainte récurrente et un « poids » à contretemps.
Contrairement à ce qu’on peut penser, la « concentration », c’est de penser à tout ça par anticipation (et il y en a des dizaines) et non pas aux images et autres bulles qui servent au départ à décider ce qu’on veut faire.
C’est épuisant.
J’étais totalement vidé hier en enchaînant andantino et impromptu. Mais le silence et les yeux quasi hagards après le dernier accord te rechargent les batteries instantanément.
Écoute Mitsuko Uchida, mon idole absolue là dedans, tu l’entendras aussi « timbrer » la main droite, même sur un iPhone. Dans ce cas, les notes d’agrément différentes, je m’en fous totalement.
06-28-2026, 09:13 PM (Modification du message : 06-28-2026, 09:13 PM par Nard.)
Oui, (ayant un peu pratiqué, il y a fort longtemps), je me représente dans une certaine mesure les milliers de détails à mettre sous contrôle. C'est beaucoup de travail et énormément de temps à y consacrer, sinon il vaut mieux renoncer ou, du moins, modérer ses ambitions et se limiter à des œuvres moins exigeantes.
Cette version de Mitsuko Uchida est très belle, très nostalgique
06-28-2026, 10:36 PM (Modification du message : 06-29-2026, 10:21 AM par Cellindo.)
Merci pour le lien Qobuz vers le coffret Schubert par M. Uchida, Thierry.
Je viens de finir d’écouter les deux premiers morceaux de la Sonate No21, D960. Quand arrive à la fin du 2eme mouvement, tellement Lent, Triste voire Lugubre, il n’y a plus aucune autre note de musique qui peut suivre ces 10 minutes (qui semblent venir directement de Schubert depuis l’au-delà).
J’ai donc mis en Off tous les éléments du système HiFi. Et on verra un autre soir pour écouter de la Musique plus gaie.
« Résignation » cette dernière sonate et ce second mouvement en est le moment le plus terrible.
Les deux mouvements qui suivent, comme tellement souvent avec Schubert, sont une tentative incertaine de souvenir de bonheur et jamais le bonheur lui même.
En réponse au post de Fledermaus de 2021, j’avais écrit que Schubert « me perdait ». Tu as mis le doigt sur ce qui me perd.
Je n’oserai sans doute jamais jouer cette sonate de peur de ne plus rien jouer après, comme toi qui a éteint ta hi-fi.
« On stage, I will take a chance. There has to be an element of daring in great music-making. These younger ones, they are too cautious. They take the music out of their pockets instead of their hearts.” Arthur Rubinstein
Sur scène, je vais tenter ma chance. Il doit y avoir de l’audace pour jouer de la grande musique. Les plus jeunes sont trop prudents. Ils sortent la musique de leurs poches au lieu de leur cœur.
Plus grand monde n’ose jouer ça en public.
Un dernier commentaire piano-musique.
La pédagogie du piano (j’écris piano et non musique) a assez fortement évolué depuis 30 ans. Avec des enfants ayant le goût de la musique, « obéissants », assidus, et avec des neurones à peu près connectés, de bons pédagogues peuvent produire des virtuoses de 10 ans qui enchaînent les 24 études de Chopin sans broncher. Vous les trouverez par dizaines sur Instagram.
Mais être capable de « tout » jouer masque la réelle difficulté profonde: décider de comment on va jouer. Tant qu’un prof musicien les suit, ils font de belles choses, quand ils se lâchent seuls dans la nature ils commencent à faire du globiboulga parfaitement exécuté.
Mais le public ne sait plus faire la différences entre les « nouveaux virtuoses » capables de jouer 100 fois de suite, au micro dB et à la nano seconde, de la même manière, les études de Liszt, mais de manière totalement insipide et déconnectée de toute musique.
La recherche et l’atteinte de perfection technique à remplace toute notion de cœur et d’âme.
Cortot faisait un paquet de fausses notes en concert. Il disait lui même qu’on pouvait faire un second concert avec ses fausses notes.
Beethoven disait déjà que les fausses notes n’avaient aucune importance mais que l’absence de cœur était un crime.
Fais quand même attention à la dernière sonate. Tu as vu l’effet pas kiss cool du tout sur Cellindo.
Au risque de beaucoup surprendre les lecteurs de ce fil, The Show Must Go On de Queen a le même genre d’effets sur moi, et Freddy fait partie des tableaux de ma pièce.
Une autre façon de parler de la disparition.
Avec une prof qui a une prédilection, que dis-je, une quasi obsession pour les pièces qui « plombent l’atmosphère » (verbatim), et ayant le même « goût » en un peu moins obsessionnel, je ne peux qu’acquiescer…