Merci pour la formidable vidéo de Bernstein parlant de Beethoven. Son exposé est lumineux, cela donne envie de se remettre à fumer et à boire du whisky, si ce sont les conditions pour avoir une si élégante érudition.
J’ai toujours beaucoup aimé ses interprétations des symphonies de Beethoven, je sais maintenant un petit peu plus pourquoi.
Bonsoir,
J’ai écouté aujourd’hui la symphonie numéro huit inachevée par Seiji Ozawa et Carlos Kleiber et comme à l’accoutumée, je parle de mon ressenti qui n’est pas celui d’une musicienne, ni d’une musicologue, mais juste d’une mélomane.
Chez Seiji Ozawa, j’ai trouvé que c’était beaucoup plus mélancolique et beaucoup plus poétique que chez Kleiber.
Avec Carlos Kleber, il y a toujours davantage de tensions, il y a un petit côté dramatique, et j’avoue que dès le premier mouvement (un de mes morceaux favoris en musique classique) mon petit cœur d’artichaut a encore fondu, j’avais la chair de poule et j’ai même versé quelques larmes. Ce qui m’a paru bizarre, c’est que ce premier mouvement ne m’a pas fait penser à l’hymne à la joie de Beethoven, mais me donnait l’impression d’entendre la pastorale en version condensée. Je sais que ça peut paraître un peu bizarre, car si je ferme les yeux avec la pastorale, je vois la nature, les ruisseaux, avec la huitièmes de Schubert, il y a 1, passage où j’ai la même image mental depuis 30 ans, voire plus, celle de deux patineurs qui valent sur un lac gelé. Je sais ça peut paraître absurde, mais je reste très subjective.
Je vais m’intéresser aux interprétations de Herbert Bloomstedt car j’aime bien l’orchestre de Leipzig.
Je crois que comme d’autres membres du forum, je suis en train de redécouvrir Schubert, voire même de le découvrir.
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05-17-2026, 08:53 PM (Modification du message : 05-18-2026, 09:38 AM par ThierryNK.)
Ne vas pas t’excuser de ne pas être musicienne!!! J’ai la même appréciation que toi sur Osawa/Kleiber.
Je pleure comme une madeleine au théâtre, au cinéma, au concert, devant mes enceintes, et au piano quand je déchiffre la première fois. Alors bon…
Les images qui nous viennent sont forcément personnelles. Je vous raconterai peut-être les miennes pour l’andantino.
La brève « citation » de l’hymne à la joie est dans le dernier mouvement de la 9 et non la 8.
À 41:53 dans le YouTube au-dessus. C’est bref et Schubert le développe rapidement autrement que Beethoven.
05-19-2026, 10:46 AM (Modification du message : 05-19-2026, 10:47 AM par ThierryNK.)
Bonjour
Quelques considérations sur la façon d’écrire concrètement la musique et où Schubert est à la fois précurseur mais parfois aussi archaïque.
Pour Bach, on n’a que les notes. Aucune indication de dynamique, de phrasé etc.
Illustré par Bernstein, c’est en anglais, désolé.
Et puis sont apparus au 18ème siècle, entre autres, les signes < ou Cresc(endo) (augmentation du volume sonore) et > ou Decresc(endo) ou Dim(inuendo) (diminution du volume sonore). < et > sont dénommés « hairpins » en anglais (épingles à cheveux).
Mais sans tout visionner, écoutez à 10:05 Rachmaninov jouant lui même une de ses études et où une première fois il y a < et juste après « dim < »
Diminuer le volume sonore en l’augmentant
Entre le 18ème siècle et Rachmaninov, il y a eu un changement de signification de < et > qui se mettent non plus à concerner la dynamique mais le Tempo, une sorte de Rubato écrit par le compositeur, < signifiant ralentir et > signifiant accélérer pour reprendre le Tempo.
Et bien, c’est sans doute Schubert le premier qui s’est mis à employer ces symboles avec cette signification.
Il y a énormément d’exemples (par exemple Impromptu 1 D899) où sur la même phrase Schubert écrit < > puis < cresc >.
Le premier concerne alors forcément le tempo. Pour le second, démerdez-vous! Juste dynamique ou dynamique et Tempo?
Ce n’est que dans les années 1980 que le pianiste Walter Gieseking a mis cela en lumière avec l’effet d’un pavé dans la mare.
Chez Brahms et Chopin, même évolution de l’écriture, avec énormément de contresens encore aujourd’hui.
Rajoutez pour Schubert un emploi très fréquent de > au dessus de certaines notes, mais de taille très différentes (qui ne sont pas reproduites par les éditeurs) dont la signification dépend du contexte, en plus de . ou de ´ au dessus de certaines notes, un piano très différent des instruments actuels, et cela rajoute encore à la difficulté « d’apprendre » Schubert.
Enfin, pour cet andantino qui m’occupe à quasi temps plein…
Dans la première partie, il y a des « petites » notes, écrites parfois en triple croche parfois en double croche. Je ne connais qu’un seul interprète qui respecte cela: Jean Claude Pannetier.
C’est sur Qobuz, mais pas de YouTube. Vous devriez pouvoir entendre la différence avec tous les autres interprètes. J’ai personnellement adopté cette lecture/interprétation en me demandant comment Brendel, Lupu ou Pollini sont passés à côté.
Par contre, TOUS les interprètes doublent le tempo aux 2/3 de la partie centrale. Pour le moment, je ne comprends pas, sachant que Schubert crée le chaos dans cette partie avec des 2 notes par temps, 3 notes, 4 notes, 6 notes et 8 notes de manière qui peut sembler aléatoire (?).
Tout cela pour m’amener à penser qu’une œuvre musicale n’a pas vraiment d’existence « absolue » tellement il y a de lectures (et de connaissances) possibles.
Et aussi parce que nous n’avons pas « d’auditeurs d’époque ». Ecoute-t-on de la même manière en ayant écouté Chopin, Rachmaninov, Ravel ou Queen?
Un soupçon de musicologie n’est peut-être pas du goût des participants, à moins que ce fil ne meurt aussi rapidement qu’il avait commencé
Je continue néanmoins avec le piano à 4 mains.
Avec 35 compositions pour piano à 4 mains, c’est le compositeur qui a le plus contribué à ce genre, depuis l’âge de 13 ans jusqu’à sa mort.
Le piano à 4 mains est un « lieu » d’amitié, de complicité, de convivialité que j’ai eu la chance immense de pouvoir pratiquer.
Chez Schubert, c’est sans doute un besoin vital.
Il a joué avec la Princesse Caroline Estherzy dont il était sans doute profondément amoureux et pour qui il a composé ce chef d’œuvre absolu.
Je ne donnerai ici qu’un seul autre exemple, son « grand duo en ut majeur » (dénomination de l’éditeur, c’est en fait une sonate). La même tonalité lumineuse d’ut majeur que sa grande symphonie, une ampleur digne d’une symphonie et qui montre que parfois (rarement?) Schubert n’a pas été que malheureux comme dans la Fantaisie en fa mineur au dessus.
J’ai choisi une version peu audiophile par Richter et Britten.
05-21-2026, 12:04 PM (Modification du message : 05-21-2026, 12:06 PM par KenObi.)
Puisqu'en plein "confinement" schubertien, du fait de ce fil, je viens d'écouter Sokolov (Grigory Sokolov at Esterházy Palace (Live) chez DG)... Et j'ai été dérouté par son interprétation "hachée" et lente (nulle ?) des Impromptus Op.142.
Pas compris
Ça m'a rappelé mon ressenti lors de mes écoutes de l'interprétation par Tharaud des Variations Golberg... "pas compris", non plus.
05-21-2026, 12:34 PM (Modification du message : 05-21-2026, 12:35 PM par ThierryNK.)
Salut
Mes 2 cts.
Il n’y a aucune « humilité » à avoir vis à vis des divers interprètes, aussi prestigieux soient-ils!
Alors, je vais me lâcher un peu.
Le géant Brendel pour qui j’ai une immense admiration et respect est très très souvent dans l’état d’esprit « voilà comment il faut jouer ».
Je connais plusieurs concertistes (de très grande valeur pour moi) qui ont pris des cours avec lui et qui en sont sortis en en sachant moins après qu’avant et désarçonnés par des remarques comme « vous n’avez rien compris ».
Il ME manque très souvent chez Brendel sa propre chair et son propre sang, l’Homme en complément de l’œuvre, que cela soit dans Mozart, Beethoven ou Schubert. J’ai évidemment tous ses enregistrements et je regarde très souvent ses YouTube pour des « conseils techniques »: par exemple la position très « verticale » de sa main gauche dans l’impromptu 2 opus 142 qui permet de jouer « doux » mais ferme avec des accords aux notes parfaitement simultanées.
Je trouve son Andantino finalement « moyen » dès qu’on écoute Pennetier dont j’ai donné le lien Qobuz plus haut.
J’aî écouté partiellement l’album de Sokolov, intégralement le 2 que je joue en ce moment (voir plus haut ma « dédicace à Bbill) et le début des 3 autres.
Je n’ai rien noté d’aberrant.
Ce qui ne prouve strictement rien!
Et bien moi j'ignore "ce qui me manque" à part le regret éternel de ne pas savoir jouer du piano, mais pour plutôt jouer de l'orgue.
J'écoute l'Andantino et en ce moment la version de Krystian Zimerman, qui me parait plus "académique" ou moins "liée" que celle de beaucoup d'interprètes. Ça me plait bien !
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Je finis par raconter ce que j’ai déjà écrit de très personnel sur les Maboules au sujet de l’andantino.
Au delà de la musicologie ou du travail technique, un « interprète » se « nourrit » de sa propre vie, de ses expériences et « d’images » pour bâtir sa propre interprétation.
Par exemple, PEUT-ÊTRE que Yuja Wang, vu le tempo et le frénésie avant le baiser, a construit son interprétation de Marguerite au rouet (YouTube plus haut) en se remémorant une nuit d’amour torride.
Mais, cela sert à bâtir une interprétation et cela DOIT totalement disparaître quand on joue,150% des capacités de toute nature ne devant servir qu’à l’exécution (si j’ose dire).
Un orgasme pour Yuja dans Marguerite ou des larmes pour moi dans l’andantino seraient une catastrophe.
Je dois en être à une centaine d’heures sur l’andantino. Cela donne le temps à l’imaginaire de vagabonder.
C’est d’abord ce genre d’image qui m’est apparue pour la première partie.
Mais en abordant le chaos intégral de la seconde partie, totalement inhumaine, une autre image m’est « apparue ». Elle recouvre les 3 parties. Elle m’est venue en me souvenant qu’on avait pu gazer des millions de personnes en écoutant du Schubert.
À présent, il faut que cette image me quitte quand je joue.