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Schubert
#71
J’ai du lire cette citation aussi dans l’une des bios. 

Il tenait un journal, que le plus souvent on remplit quand on est malheureux. 

Je ne fais pas ces photos spécifiquement pour les forums, je les partage avec ma prof comme point de départ de discussion d’interprétation, y compris les glaciers de Goethe et de Shelley. 

[Image: IMG-5711.jpg]

Mais qu’est ce qui est à l’origine, entre autres,  de son harmonie troublante et surprenante?….

Discussion avec ma prof exactement là dessus lundi dernier au sujet de la partie centrale de l’andantino: 

Il devait jouer ça aux dés, double 6, passage en sol majeur, 3, dissonance de 9ème. 

Pour elle aussi, l’origine de son monde est insondable.

Au hasard de mes recherches pour l’andantino, je suis tombé sur un blog tenu par un GT, anonyme et j’y ai lu ça:

S'il fallait lancer un grand concours des vies d'hommes célèbres les plus tristes et pathétiques, difficile de trouver mieux (enfin pire) que celle de Schubert. Pas vraiment gâté par la nature, myope, pauvre, incompris, n'a pas connu l'amour, atteint d'une maladie douloureuse jusqu'à sa mort à 31 ans... à ce stade, ce n'est plus un destin malchanceux, c'est de l'acharnement. Comme si les dieux de la musique lui avaient donné trop et que les autres dieux ont décidé de tout lui reprendre à côté pour équilibrer.

Car ce pauvre myope timide, malade et rondouillard est un des plus grands compositeurs de l'histoire.

A la fois un grand novateur, qui ne sera compris que bien après sa mort (grâce à Liszt, notamment), et peut-être le plus grand mélodiste de l'histoire de la musique. Ce que prouve ce magnifique andantino...

Une des mélodies les plus belles, poignantes et mélancoliques que je connaisse. Brahms l'appelait "berceuse de la douleur", il avait raison. Ce seul thème sublime, c'est déjà une raison de placer au plus haut ce mouvement. Mais Schubert ne s'arrête pas là. Il le fait suivre d'une partie centrale stupéfiante, inattendue après cette première partie si émouvante et délicate, mais aussi étonnante pour l'époque (1828).

L'andantino est de "forme-lied", c'est à dire que la 2° partie est "contrastante", alors que la 3° partie est un retour à la 1° partie (subtilement variée). 

Mais le contraste dans cette 2° partie est... fou. 

Des modulations particulièrement audacieuses et déstabilisantes, ajoutées à une violence, une liberté, une montée en tension et une frénésie qu'on ne pouvait imaginer succéder à une première partie aussi mélancolique et touchante.

Bref, ce que fait ici le timide Schubert, quand on replace les choses dans leur contexte, c'est bien plus étonnant et violent que ce que feront les punks... 

D'une certaine manière, c'est tout le romantisme qu'on retrouve dans ce mouvement. Si Beethoven est le "père", le précurseur, le guide pour les musiciens romantiques, il reste par certains aspects un classique comme Haydn et Mozart. Schubert, lui, est souvent considéré comme le premier vrai compositeur romantique.

Dans cet andantino, on a les deux facettes du romantisme à leur plus haut :

1° et 3° parties : mélancolie, délicatesse, intériorité, solitude, rêve, tristesse, souffrance

2° partie : originalité, tension, folie, violence, étrangeté, provocation, fantastique, tourments, révolte

Cet andantino est d'autant plus surprenant dans cette sonate en la majeur que l'oeuvre est plutôt apaisée, lumineuse, sereine. Une oeuvre écrite juste deux mois avant sa mort... après des compositions plus désespérées, sombres, témoignages de sa douleur, Schubert revient à un peu plus de "légèreté"... sauf dans ce 2° mouvement, poignant et déchirant, comme si la mort, la douleur et le tragique de sa condition surgissaient à nouveau au beau milieu d'une période de sage résignation.

La musique classique n'a pas forcément besoin de codes, de savoir, pour être comprise et aimée... surtout dans ce cas-là.

Je ne vois pas comment - à moins d'être allergique à la mélancolie - on peut ne pas être sensible et touché par le thème génial de la 1° partie (et ne sautez pas la 3° partie, le thème y revient avec une magnifique variation).

Si vous restez insensibles, c'est que vous n'êtes pas humain (je ne vois pas d'autre explication). 

Je rajouterai que le concerto 23 K488 de Mozart dont j’ai posté l’adagio est aussi en la majeur (plutôt lumineux), que l’adagio est en fa# mineur comme l’andantino et que j’ai l’intime conviction que le concerto de Mozart a influencé la composition de la sonate de Schubert. MêmeS tonalitéS, même douleur dans le second mouvement, même économie de moyens.
#72
Bonsoir,

En attendant de recevoir le coffret de JV Immerseel avec l’intégrale des symphonies de Schubert, je sais déjà ce qui m’attend demain pour l’écoute récompense après la correction des copies. Je cherchais une belle version de la symphonie inachevée, je crois que j’en ai peut-être déjà une.!
Donc demain pause musicale avec Frantz!

[Image: IMG-5386.jpg]
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#73
Bon matin tout le monde  Shy

Merci Erin d’établir un pont vers les symphonies de notre mal-aimé. 

Un aspect important abordé entre autres par Hifitub est celui de l’héritage. 

Mozart a composé son premier opéra à 12 ans, Bastien Bastienne.

Grace à son père, il avait déjà assimilé le « style » de l’époque. On y trouve déjà « Mozart » frais, délicat, tendre, pouvant déjà aussi être « sérieux » ou grave. Naturellement, on n’atteint pas encore le génie absolu de Cosi, des Noces, de Don Giovanni ou de la Flûte. 
Aucun héritage encombrant ou pesant. Il ne découvrira Bach que beaucoup plus tard, en lisant les partitions, et Bach n’était plus du tout joué. 

Beethoven a très rapidement été Beethoven, dès la première symphonie et les premières sonates pour piano.

Il avait pourtant en héritage des sonates pour piano et symphonies de Haydn et de Mozart, mais ce qu’il avait à dire et comment le dire était déjà très différent.

Pourtant Haydn, Mozart et Beethoven étaient contemporains et ont vécu à Vienne tous les 3. 

Mozart et Haydn étaient deux grands amis.

Haydn a donné des cours à Beethoven.

Une rencontre entre Beethoven et Mozart est possible mais pas certaine. 

Beethoven et Schubert se connaissaient. 

Cette proximité des 3, autant temporelle que géographique, me fait penser que l’évolution assez radicale des styles de Haydn, Mozart et Beethoven est au moins autant due à leurs propres « génie et créativité » qu’à l’évolution philosophique et esthétique ambiante. C’est un point de divergence avec Gisèle. 

Pour Schubert, des similitudes et des différences très significatives. 

A 12 ans, il avait assimilé les « styles » Haydn et Mozart. Il avait appris le piano, le violon, le chant, l’écriture, l’harmonie, etc. 

Mais il y avait au coin de la rue un gars qui pondait des œuvres innovantes et fascinantes: Beethoven. 

Alors écrire des choses personnelles et innovantes avec ce monstre dans les parages, ce n’est pas simple.
Vous avez certes l’héritage de Haydn et Mozart, mais vous avez déjà quelqu’un aux manettes qui a pris en charge cet héritage et le fait évoluer, et de quelle manière!!!

Brahms mettra ensuite 22 ans (!!) à composer sa première symphonie à l’âge de 40 ans et quelque. 

Schubert n’a pas terminé de nombreuses œuvres. Parfois des mouvements manquants, parfois arrêtées en plein milieu. On dispose de manuscrits non achevés. 

Pour quelles raisons? Difficile à dire. Passage à autre chose? Fascination pour la poésie et les lieder pour lesquels c’est lui et lui seul qui a créé le style. 

On a la trace de 13 symphonies, plusieurs inachevées et pas uniquement la 8.

On n’a finalement que 7 symphonies complètes, 1 à 6 d’un côté et la 9 dite « Grande ». Et évidemment la 8, dite inachevée à ranger avec la 9. 
La numérotation et la classification des œuvres a bougé, et n’a été finalisée qu’avec le musicologue Deutsch au 20eme siècle, notamment parce que peu d’œuvres ont été finalement publiées de son vivant et que par exemple, le manuscrit de l’inachevée, confié par Schubert à des amis est resté autour de … 40 ans dans un tiroir (argh!!) et n’a été trouvé que longtemps après sa mort. 

Pour la classification, il vaut mieux de toujours se référer au numéro D. 

Les symphonies 1 à 6 ont été composées par un Schubert « qui se cherche et ne s’est pas encore totalement trouvé » entre l’âge de 16 ans et 21 ans. 
Alors que pour les lieder, les chefs d’œuvre absolus sont très vite nés, ce n’est pas de cas pour les symphonies. 

Evidemment les symphonies 1-6 sont magnifiques, mais elles ne montrent pas le génie des Lieder, des impromptus, des dernières sonates ou des trios. 

On y note un héritage fort de Haydn (symphonies) et Mozart (symphonies et sérénades) avec des « éclairs » de Schubert.

Pour faire simple et brutal, s’il n’avait composé que ces 6 symphonies et 0 lieder, 0 sonate et 0 musique de chambre, ce fil n’existerait pas. 

Et puis l’inachevée et la Grande  Cool Deux sommets de la musique que je vous laisse découvrir. 

Comme je suis un emmxxxeur. Le tempo du premier mouvement de l’inachevée est « Allegro moderato », j’ai déjà parlé de ces « moderato » qui sont si nombreux chez Schubert. 
J’en viens à penser que Allegro n’a que la signification d’une pulsation à 2 ou 4 temps et que c’est le Moderato que les musiciens doivent examiner de très près (et alors le molto moderato de l’impromptu 1 D899…). Le tempo a une importance qui me semble cruciale chez Schubert, parce que respiration humaine du chant et des sanglots. 

Il y a finalement assez peu de chefs qui me satisfasse pour l’Inachevée. 

Il y a Osawa. 

#74
Bonjour,
Merci Thierry pour cette version de Seiji Ozawa, qui me parle directement et ce, sur les simples haut-parleurs du téléphone.
Je vais essayer de la dénicher, j’ai déjà commencé la quête mais elle s’avère plus.ardue que prévu. La neuvième semble plus facile à trouver.
En attendant, je « me contenterai » des versions de Carlos Kleiber et JV Immerseel.
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#75
Addendum peut être plus personnel sur les symphonies 8 et 9. 

Elles ouvrent clairement la porte, et grande ouverte, aux symphonies de Brahms, Schumann et Malher. 

Si je renie aucunement mon immense amour et mon admiration des symphonies de Haydn, Mozart, Beethoven, Brahms et Malher, ces deux symphonies de Schubert sont les symphonies qui à la fois me parlent et me transpercent le plus. Radicalement. Totalement. 

Si Schubert n’avait composé que le Roi des Aulnes OU une seule de ces 2 symphonies, il serait passé à la postérité. 



Enfin, Osawa est pour moi insurpassé dans ces 2 symphonies, comme Bruno Walter dans les symphonies de Brahms. 

On trouve la 8 sur Qobuz.  Mais envoyer ces youtubes de concerts en direct en Bluetooth ou AirPlay vers des enceintes un peu meilleures que celles des smarphones et tablettes me suffit amplement.
#76
Justement, j’ai trouvé la neuf sur Qobuz mais pas la huit Pleure

Je vais jeter un coup d’œil à La boutique de téléchargement, peut-être qu’il n’est pas disponible en version streaming. Et maintenant quand j’achète des fichiers sur Qobuz, c’est directement au format. AIFF qui a préférence Sur mon système. Mais même une simple écoute sur YouTube en général peut me dire si ça me touche ou pas.
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#77
Ah oui. S’il vous semble entendre qq notes de l’hymne à la joie de Beethoven dans le final, vous ne rêvez pas. Et d’autres allusions à Mozart et Beethoven tout au long de la symphonie. 

Mais à présent c’est comme un coucou à ses idoles en leur disant « les gars, où que vous soyez, je vous connais bien, vous en pensez quoi? ». 

Enfin, ut majeur pour cette dernière symphonie. La tonalité la plus lumineuse. Schubert n’a pas été que malheureux et malade.

Bizarre, je n’ai trouvé que la 8 sur Qobuz, pas la 9. 

https://open.qobuz.com/album/0886446324111
#78
Petite contribution à ce fil :
Une oeuvre non citée encore, sauf erreur de ma part, l’octuor D.803. Si d’aucuns s’endorment avec Schubert je me suis souvent réveillé avec cette octuor joué par une formation assez rare de 3 vents et 5 cordes.
Pour les sonates mon choix se portent vers deux interprètes aux approches presque opposées Lupu et Pollini. 
Les qualités du jeu de Lupu ont déjà été évoquées ici. 
Par contre je n’ai rien lu à propos des interprétations de Schubert par Pollini, et plutôt que de longs commentaires, j’invite à écouter, pour commencer, l’interprétation par Pollini de la Wanderer Fantaisie (DG 1973).
#79
Ah ben, c'est malin ! Angry

Ouvrir un sujet "Schubert" en plein automne du mois de mai. Pasvoir
A cause de ça, je n'écoute plus que Franz*, en regardant la pluie tomber, et mon moral s'en ressent Sad




Merci encore pour ce fil (de l'eau - Gesang der Geister über den Wassern par Sawallisch ?) qui semble inspirer plein de nos petits camarades de jeu  Wink

* Même qu'un mien enfant, en rentrant hier soir, a branché Qobuz sur la playlist des morceaux de Rosemary Standley "les plus écoutés", dont le hit "Ständchen" sur son CD Schubert in Love.
Cette schubymania est contagieuse  Pasvoir
Non-croyant pratiquant
#80
Salut

Merci pour ces dernières contributions  Heart

Pollini est remarquable dans la Wanderer Fantaisie, œuvre que j ai travaillée trop jeune vers 15 ans, mauvais souvenirs et les mauvais souvenirs sont souvent une source de blocage chez moi  Undecided Même raison pour l’impromptu 3 D899. 

L’octuor est une merveille. Commande d’un clarinettiste amateur. 
Impossible de ne pas comparer avec le septuor de Beethoven qui était encore joué à l’époque de la composition de l’octuor. 
Schubert n’a rajouté qu’un second violon, les mouvements sont similaires. 

Mais Schubert a écrabouillé son idole avec cet octuor. 

Le septuor de Beethoven reste dans la tradition des divertissements (qu’on jouait pendant que les princes mangeaient ou jouaient aux cartes). Sympa mais bon…

L’octuor a à la fois une ampleur symphonique assez stupéfiante et en même temps un aspect « concerto » pour des solistes (pour mémoire 0 concerto écrit par Schubert). 

Très très peu de mélancolie dans cet octuor. Cela pourrait remonter le moral à Kenobi…





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