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Schubert
#11
Il ne m’est pas possible de ne pas remercier du fond du cœur mon ami Fledermaus. 

C’est lui qui a ouvert un fil de discussion sur les Maboules au sujet de l’andantino dont pda0 a parlé et dont j’ai assez récemment entamé l’étude. C’était le 3 août 2021 à 23h40. 

Voici ce post:
Hello,
En voiture ce midi j'ai entendu un fragment de rediff d'échanges de Mildred Clary avec Brendel à propos de Schubert durant lequel Alfred évoquait les sonates tardives, dont cette D959 - en particulier ce mouvement particulièrement névrotique, angoissant et sublime. Je l'avais découvert au siècle dernier par Badura-Skoda dans cette version sur instrument d'époque, dont la sonorité fragile et souffreteuse ne fait qu'ajouter à l'émotion : 



On ne peut pas se plonger sérieusement là-dedans et en sortir indemne nerveusement, si ?


Comme je l’ai dit en introduction, Schubert me terrorisait depuis plus de 50 ans. Fledermaus a été le premier déclencheur, le second l’année dernière, a été l’improbable rencontre de ma prof Julie Zappala. 

Bach


Une de ses dernières compositions


Désolé pour ce « hors sujet », mais j’essaye de toujours rendre à César…
#12
Merci pour le rappel, content d'avoir écouté la radio ce jour-là, à cette heure-là et d'avoir eu -grâce à toi - l'occasion de partager...  
Wink Prions
World Class Lounge SystemVolumio/RPi - Denon DN-300Z MkII / Filtre actif préamp PinarDSP / [Benchmark AHB2 + NCx500 boXem A] x2 / FlederMonstros DIY 
Büro System Deluxe : RPi / RME ADI2-DAC / DSP Xilica / LPA-S400ET Audiophonics x2 / FlederSprecher DIY
#13
Tu avais mis le doigt sur ma terreur:

On ne peut pas se plonger sérieusement là-dedans et en sortir indemne nerveusement, si ?

J’ai mis 5 ans à surmonter et pour passer de l’autre côté. Je connais de nombreux concertistes qui sont fabuleux dans Mozart, Beethoven ou Chopin et qui restent terrorisés par Schubert. 

J’aborderai ici bientôt la musique pour piano mais tu sais déjà beaucoup des choses que je vais dire et j’essaierai aussi de dire pourquoi cette musique est si difficile à aborder côté interprétation, y compris pour des concertistes chevronnés. 
#14
Personnellement, j'ai vu l'Opus 100 joué par le trio Borodine dans une petite salle, donc assez proche des musiciens, en 1988. J'en garde un merveilleux souvenir  Heart

https://en.wikipedia.org/wiki/Borodin_Trio


Et j'ai les 33T des deux Opus, 99 et 100, par le trio Istomin-Stern-Rose, re  Heart




Merci, ThierryNK, pour ce sujet passionnant, j'apprends beaucoup sur Schubert en vous lisant.

Angel
Vinyle Technics SL-1210G - Yamamoto HS-1A - Goldring 1042 MM - Musical Fidelity M6x VINYL
Numérique TASCAM CD-200SB - DAB+ radio Internet FM USB Fitzwilliam - DAC Cambridge DACMAGIC 1
Amplification PARASOUND HALO P6 - t.amp S-75 MK II (grave) - Cary SLi50 (médium-aigu)
Ecoutes Klipsch Cornwall III (Faital Pro HF10AK - Celestion CDX1-1412) - HifiMan SUNDARA - DT990
#15
Bonjour,

Merci beaucoup pour ce fil qui va certainement m’aider à mieux comprendre Schubert. Comme je le dis souvent, je ne suis ni musicologue ni musicienne, même si j’écoute beaucoup de musique classique, et je ne connais pas  trop ce compositeur. Certes, il ne m’est pas inconnu pour autant, pour le moment, j’ai un gros faible pour un album de trio.Wanderer et je compte bien sur mon coffret d’Aldo Ciccolini, que j’attends, pour me plonger un peu plus.
C’est clair que le contexte aide à mieux comprendre les intentions du compositeur.
J’aime beaucoup  ce double album

[Image: IMG-5358.jpg]

Quelques œuvres seront présentes dans ce coffret
[Image: IMG-5351.jpg]
Living Voice ~ Ear Yoshino ~ Lampizator ~ Audio Analogue ~ Auralic & Purist Audio
   Exclamation No Annihilation Allowed  Exclamation
#16
Salut 

Un autre long post…

@flht
Des interprètes fabuleux ces 2 trios  Heart

Il me semble impératif de connaître les compositeurs quand on essaye de les jouer, mais pour les écouter, on n’a strictement besoin de rien du tout.

Et contrairement aux légendes urbaines, les émotions provoquées par la musique chez un musicien sont les mêmes que pour n’importe qui.

Savoir que « sixte napolitaine » ou « modulation inattendue en majeur » sortent totalement de la tête. Heureusement!!!

Stravinsky, un monstre de connaissances et un innovateur absolu, a dit qu’il s’endormait en écoutant Schubert et qu’il était au Paradis en se réveillant. Sacré lâcher prise et admiration extrême. 

Avant d’aborder la musique pour piano, une analyse de Beethoven par Bernstein et retour sur la « structure » ou forme. 

Pour les non anglicistes, la mélodie la moins remarquable, un thème sur une seule note, une harmonie pouvant être écrite par un enfant, mais une forme si parfaite que la seule explication est que Beethoven avait une ligne directe avec le Ciel qui lui dictait chaque note.



Beethoven n’était ni un immense mélodiste, ni un immense harmoniste, ni un immense contrepointiste, mais ses architectures donnaient naissance à tout ça. 

Schubert est à l’opposé.

Un immense mélodiste (peut-être le plus grand selon plusieurs musicologues), un immense harmoniste (j’ai compté plus de 250 subtiles variations harmoniques dans l’impromptu 1 D899 qui ne dure que 10 minutes),un immense contrapuntiste qui était si humble que, malade au bout de sa vie, il a décidé de prendre des cours de contrepoint une semaine avant sa mort, cours dont il n’avait évidemment aucun besoin. Il n’a eu le temps d’en prendre qu’un seul  Rolleyes

La forme découle chez lui de tout le reste. Que faire après Beethoven?  Il a répondu et a été l’un des porte flambeaux aux obsèques de son idole absolue. 

La musique pour piano 
De Bach à Beethoven et au delà, l’auditeur fait partie des œuvres. Les compositeurs « jouent » avec l’auditeur. Les trompettes du jugement dernier, des passages « faciles » à écouter après des passages ardus, des surprises comme un coup de canon ou les musiciens qui s’en vont un par un chez Haydn. 

Les concertos mettent en valeur un soliste, c’est la star, il doit (ou devrait aujourd’hui) être capable d’improviser une cadence. 

Au delà de leur immense valeur surhumaine, les sonates de Beethoven sont presque toutes des « démonstrations ». 
Sa cinquième symphonie, non pas du destin comme des débiles l’ont surnommée, est une œuvre révolutionnaire, galvanisante, anti napoléonienne. 

Si vous n’avez pas envie de monter sur votre chaise en écoutant/voyant ça (enfin un chef qui a vraiment lu la partition et analysé le contexte historique et politique)…:



J’ai appris le piano comme ça: je joue pour quelqu’un, et de manière convenue et stressante quand il y a un jury. 

Chez Schubert, aucun « effet », ni Haydn, ni Mozart, ni Beethoven. Aucune recherche de virtuosité et d’applaudissements. Aucun concerto écrit (!!!). Schubert jouait du piano, du violon et chantait, mais n’était pas un virtuose comme Mozart, Beethoven, Chopin ou Liszt. 

Ses œuvres sont quasiment toutes des voyages dont on ne connaît ni la destination ni l’itinéraire, sauf la mort. Le wanderer, l’errant, l’homme. C’est un thème qui traverse toute son œuvre. 

Ses impromptus et sonates, entre autres, sont écrits pour le pianiste et rien que lui, pour qu’il partage et découvre les rêveries, les sensations, les émotions de Schubert. Aucun auditeur n’est requis, au contraire. Ce sont des baumes pour le « moi », pas pour un quelconque partage ou démonstration. 

C’est totalement nouveau et pathétiquement réjouissant pour moi d’être en présence d’une musique aussi belle qu’étrange juste pour moi, moi tout seul derrière mon clavier.  Tant mieux si qqun écoute comme pda0 l’autre jour, mais le centre de gravité s’est radicalement déplacé.

Ce qui précède ne sort pas de ma pomme, mais provient de l’ouvrage sur Schubert de l’immense musicologue Alfred Einstein (un must pour les musiciens) et du livre de Philippe Cassard (pianiste français).

C’est Philippe Cassard qui pour moi a mis le doigt sur la terreur que peut inspirer Schubert au piano y compris à des concertistes chevronnés, en plus des aspects anti démonstratifs que je viens d’exposer.

Quand il existe une solide tradition d’analyses et d’interprétations pour tout Mozart et tout Beethoven, Chopin ou Liszt, Schubert n’est pas et ne peut pas être enseigné de manière traditionnelle dans les écoles et conservatoires. Durant tout son cycle de formation, y compris au conservatoire de Paris et ensuite auprès de très grands Maîtres, il n’a pas eu un seul cours sur Schubert. 

On ne peut pas aborder Schubert au piano sans s’être fortement penché sur ses Lieder. 
Plus haut, j’ai écrit désir, sexualité, inceste, pédophilie et mort  au sujet du Roi des Aulnes et de Marguerite au rouet. 
Ce sont des thèmes inabordables par la plupart des enseignants. 

On ne peut pas enseigner Schubert à des gamins qui n’ont pas suffisamment vécu parce qu’on ne peut pas enseigner Schubert sans en même temps enseigner de la philosophie. Comme pour Baudelaire par exemple. 
Alors quand on est concertiste, va-t-on tout remettre à plat (y compris sa vie intime) pour jouer Schubert quand on excelle dans Mozart, Beethoven, Chopin ou Liszt?

Sur l’andantino, j’ai eu jusqu’à présent 3 heures de cours en 2 fois avec Julie. Sur ces 3 heures, nous avons passé 15 minutes sur les aspects techniques et 2h45 sur « le reste ». Avec discussion et « essais » sur mes propres mots: immobilité, inhumanité, douleur, chaos et les conséquences en terme d’interprétation, tempo, rubato, respirations, harmonisation (quelle voix mettre en avant quand 4 notes sont jouées en même temps). 

C’est en cela que Julie est une prof incroyable. Elle a non seulement des outils pédagogiques techniques comme je n’en ai jamais eus, mais elle a aussi « tout le reste » malgré ses 34 ans. Mais Schubert est parti à 32 ans. 

Enfin, une Master Class de Leon Fleischer à la jeune Yuja Wang (devenue l’une de mes interprètes préférées), si vous avez le temps (cela dure 30 minutes et c’est en anglais) J’y ai pris pour moi, entre autres, la formule de Fleisher:

Schubert demande une patience cosmique.

On est assez loin des gammes et des exercices chiants usuels au piano. 



Vous aurez sans doute saisi que la rencontre de Julie fait décroître exponentiellement mon intérêt pour la hi-fi qui  a été un pansement sur mes frustrations musicales. Il n’y a que 24h par jour, j’ai 66 ans et fumeur depuis mes 16 ans. Cela impose des choix et de la lucidité. À ce stade, je confirme que je vais bien!!  Drink un peu comme disait celui tombé du 30e étage en passant devant le 20e
#17
"Aucune recherche de virtuosité et d’applaudissements"

C'est ainsi que je suis assez récemment arrivé à Schubert, dont je connaissais surtout jusque là les Winterreise.

Je venais en effet d'assister à un festival de musique de chambre et piano. Les pièces les plus applaudies étaient les plus virtuoses, et je me suis senti un peu en décalage : je m'ennuyais un peu. J'étais admiratif, mais ne pouvais m'empêcher de penser "tout ça pour ça".

Dès le lendemain, j'écoutais Schubert chez moi, et depuis je sais ce qui me plait réellement; une fois de plus par élimination, en ayant identifié ce que je j'aimais moins.

D'où mon intérêt à mieux connaitre Schubert. J’ai un an de plus que toi, et cela correspond peut-être aussi à un âge de la vie.
S1 : Unio Poki / Silent Angel Rhein Z1+ / Lumin U2X /  T+A SDV3100HV / T+A PA3100HV + T+A PS3000HV / Piega 611 (Roon)
S2 : EverSolo A6 /  T+A DAC200 / T+A PA2500R / Neeper Perfection One (app EverSolo)
S3 : Node 2i + alim / Gustard X22 / boXem 4215/E2 / Elipson Planet L (bluOS)

pièce S1 : (L) 5,80 m, (l) 4,25 m, (H) : 2,90 m
#18
@enrin
Bienvenue sur ce fil et avec Ciccolini, tu ne te trompes pas. 

@Zephyr58 
Si tu es déjà « tombé » dans Winterreise, tu n’as pas besoin de grand chose.

Si ce n’est déjà fait, tu pourrais lire le livre que j’ai cité dans le premier post et qui éclaire de manière assez étonnante (stupéfiante pour moi) le contexte politique, historique et culturel du Voyage d’hiver et qui montre la recherche d’un artiste au delà des notes. 

Tu peux aussi écouter, si ce n’est déjà fait, le cycle de Lieder de la Belle Meunière.

Quant à nos âges, Schubert est parti à 32 ans et Julie en a 34…
#19
(05-10-2026, 08:26 PM)ThierryNK a écrit : J'ai osé travailler assez récemment les impromptus 1 D899 et 2 D935 grâce à la rencontre d'une prof assez incroyable, concertiste et compositrice.

Voilà une filière qui invite à revisiter les classiques de sa discothèque !

[Image: Capture-d-cran-2026-05-12-11-16-29.png]

[Image: Capture-d-cran-2026-05-12-11-27-13.png]

c'est bien d'apporter un autre regard au forum…
#20
En gage de réconciliation et d’apaisement…

Prions

Dédicace Bbill.
Mais comme c’est un expert dans l’art du teasing  Wink, la suite, le 1 D899 et l’andantino, ce sera chez moi  Drink




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